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Travail, revenus et conditions d'emploi

Conditions de travail : les asymétries femmes-hommes changent selon le risque observé

La Dares a publié le 9 septembre 2026 les premiers résultats de l'enquête Conditions de travail 2024-2025. Quatre salariés sur dix déclarent au moins trois contraintes physiques. Les hommes restent davantage exposés que les femmes, mais l'écart passe de 10 points en 2016 à 8 points en 2024. Cette seule mesure ne résume pas les risques professionnels : l'analyse détaillée de l'enquête 2019 montrait une pénibilité physique plus forte chez les hommes et, à durée de travail identique, une exposition féminine plus élevée à plusieurs risques psychosociaux. Les écarts tiennent notamment aux métiers exercés, mais certains subsistent au sein des mêmes groupes de professions.

14 septembre 2026 6 min 4 sources

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Points clés

  • En 2024, quatre salariés sur dix déclarent au moins trois contraintes physiques parmi les six retenues par la Dares.
  • Les hommes déclarent davantage de contraintes physiques que les femmes ; l'écart se réduit toutefois de 10 points en 2016 à 8 points en 2024.
  • La catégorie professionnelle compte fortement : 74 % des ouvriers peu qualifiés sont exposés à au moins trois contraintes physiques, contre 8 % des cadres.
  • Dans l'enquête 2019, les femmes étaient, à durée de travail identique, davantage exposées que les hommes au manque de soutien, aux conflits de valeurs, au manque d'autonomie, aux exigences émotionnelles et à l'instabilité du poste.
  • Toujours en 2019, 41 % des femmes et 30 % des hommes estimaient être plutôt mal ou très mal rémunérés au regard du travail fourni.

En 2024, les contraintes physiques restent fréquentes

L'édition 2024-2025 de l'enquête Conditions de travail actualise la comparaison avec 2016. La Dares indique que quatre salariés sur dix sont exposés à au moins trois contraintes physiques parmi six. L'indicateur est globalement stable sur huit ans, après les fortes hausses observées dans les années 1980 et 1990.

La moyenne masque un gradient professionnel prononcé. En 2024, 74 % des ouvriers peu qualifiés atteignent ce seuil, contre 8 % des cadres. La part progresse depuis 2016 chez les professions intermédiaires, les employés qualifiés et surtout les employés peu qualifiés, pour lesquels elle atteint 61 %, soit 7 points de plus.

Un écart physique toujours défavorable aux hommes, mais plus réduit

La nouvelle publication indique que les hommes déclarent plus souvent que les femmes cumuler les contraintes physiques. Elle relie notamment ce résultat à leur présence plus fréquente parmi les ouvriers. L'écart entre les deux groupes se réduit néanmoins : il passe de 10 points en 2016 à 8 points en 2024.

La source ne donne pas, dans sa synthèse publique, deux taux sexués qu'il serait possible de reproduire séparément. L'écart de 8 points doit donc rester présenté comme tel : le taux global de quatre salariés sur dix ne permet pas de reconstituer une valeur pour chaque sexe.

Les risques psychosociaux dessinent une autre asymétrie

La pénibilité physique n'est qu'une dimension des conditions de travail. L'étude Insee-Dares fondée sur l'enquête 2019 répartit 74 situations entre huit catégories : pénibilité physique, intensité, manque de soutien, conflits de valeurs, manque d'autonomie, exigences émotionnelles, instabilité du poste et contraintes d'organisation.

Tous métiers confondus et à durée de travail identique, les hommes y sont davantage exposés à la pénibilité physique. Les femmes sont en revanche davantage exposées au manque de soutien, aux conflits de valeurs, au manque d'autonomie, aux exigences émotionnelles et à l'instabilité du poste. L'intensité du travail ne présente alors pas de différence significative entre les sexes.

Les métiers expliquent une partie des écarts, pas leur totalité

Les hommes sont plus nombreux dans les métiers ouvriers exposés au bruit, aux poussières, aux produits dangereux ou aux efforts physiques. Les femmes travaillent plus souvent dans des métiers de service comportant des relations avec des clients, des usagers ou des patients, avec davantage d'exigences émotionnelles et parfois moins de latitude décisionnelle.

L'étude de 2019 observe toutefois des différences au sein des groupes de métiers eux-mêmes. Dans les métiers mixtes, à durée identique, les femmes sont davantage exposées au manque de soutien et d'autonomie, aux conflits de valeurs, aux exigences émotionnelles, à l'instabilité et à un travail intense. À l'inverse, dans les métiers féminisés de bureau, où ils représentent 19 % des salariés, les hommes sont davantage exposés que les femmes à toutes les catégories étudiées sauf aux exigences émotionnelles.

Reconnaissance et évolutions générales ne se confondent pas avec le sexe

Dans l'enquête 2019, 41 % des femmes contre 30 % des hommes déclarent être plutôt mal ou très mal rémunérés compte tenu du travail fourni. Dans les métiers féminisés de service, cette appréciation concerne 49 % des femmes et 42 % des hommes. Il s'agit d'une perception de la reconnaissance salariale, et non d'une mesure directe de l'écart de salaire à poste comparable.

La publication 2026 fait état, en moyenne, d'une moindre intensité du travail, de meilleures relations professionnelles, d'exigences émotionnelles plus faibles et d'un sentiment accru de pouvoir réaliser un travail de qualité. Elle souligne cependant que ces améliorations profitent peu aux employés peu qualifiés. Une évolution moyenne ne peut donc pas être attribuée uniformément aux femmes ou aux hommes sans tableau sexué correspondant.

Population mesurée et limites

Les résultats 2024 viennent d'une enquête statistique auprès des salariés et décrivent leurs conditions de travail déclarées. Les résultats détaillés par sexe et métier cités dans l'article proviennent d'une autre vague, celle de 2019, représentative des personnes de 15 ans ou plus exerçant un emploi en France et fondée sur un peu plus de 19 200 salariés ayant travaillé la semaine précédente. Les deux vagues ne doivent pas être fusionnées comme si tous les indicateurs avaient été mesurés la même année.

Ces enquêtes reposent sur des questionnaires décrivant le travail vécu ; elles ne sont ni des mesures ergonomiques directes de chaque poste ni des diagnostics médicaux. Les sources utilisent les catégories statistiques femmes et hommes et ne mesurent pas les chromosomes. Enfin, elles mettent en évidence des associations avec les métiers, les tâches et la durée du travail sans attribuer une cause unique aux écarts observés.

Questions fréquentes

Les hommes subissent-ils davantage de pénibilité au travail que les femmes ?

Pour les contraintes physiques cumulées, oui : la Dares mesure en 2024 un écart de 8 points en défaveur des hommes. Mais le résultat change selon la dimension observée ; les données détaillées de 2019 montrent une exposition féminine plus forte à plusieurs risques psychosociaux.

Peut-on calculer les taux femmes-hommes à partir du taux global de 40 % ?

Non. La synthèse indique un taux global d'environ quatre salariés sur dix et un écart de 8 points entre les sexes, mais cela ne suffit pas à reconstituer les deux taux sans connaître précisément la composition et les pondérations de l'échantillon.

Les différences viennent-elles seulement des métiers exercés ?

Non. La ségrégation professionnelle explique une partie importante des écarts, mais l'étude de 2019 relève aussi des différences entre femmes et hommes au sein de groupes de métiers comparables, y compris après prise en compte de la durée de travail.