Points clés
- Le programme de surveillance a inclus 7 277 cas de mésothéliome pleural entre 1998 et 2023 dans les départements et zones qu'il couvrait ; ce n'est pas le nombre total de cas français.
- Pour 2018-2021, les taux nationaux annuels estimés et standardisés sur l'âge sont de 2,23 cas pour 100 000 chez les hommes et 0,72 chez les femmes, selon la même méthode fondée sur les données de mortalité.
- Dans la zone surveillée, le rapport hommes/femmes parmi les cas inclus passe de 4,1 en 1998-2002 à 3,4 en 2018-2023 ; il n'a pas diminué à chaque période intermédiaire.
- Parmi les patients ayant répondu à l'enquête d'exposition en 2018-2023, une exposition professionnelle à l'amiante est identifiée chez 89,0 % des hommes et 28,2 % des femmes ; une exposition extraprofessionnelle sans exposition professionnelle est identifiée chez 5,9 % et 36,2 % respectivement.
- Les estimations nationales 2022-2023 reposent sur les premières hospitalisations, alors que celles de 2018-2021 reposent sur la mortalité : les deux séries demandent une lecture distincte.
Ce que couvre le nouveau bilan
Le rapport publié par Santé publique France le 21 septembre 2026 rassemble les données du Programme national de surveillance du mésothéliome pleural (PNSM) de 1998 à 2023. Le mésothéliome pleural atteint la membrane qui entoure les poumons. L'amiante est son principal facteur de risque établi ; un diagnostic peut survenir plusieurs décennies après l'exposition.
Le PNSM a inclus 7 277 cas répondant à ses critères diagnostiques pendant ces 26 années. Le programme ne couvrait pas directement toute la France : jusqu'en 2022, il suivait 19 départements métropolitains et la zone de proximité de Lille, soit environ 28 % de la population métropolitaine. Les estimations nationales du rapport utilisent ensuite des données nationales de mortalité ou d'hospitalisation. Il faut donc distinguer les cas observés dans le PNSM et l'incidence estimée pour la France entière.
Une incidence masculine plus élevée, malgré une évolution différente
Pour 2018-2021, le tableau 11 du rapport estime, pour la France entière, des taux annuels d'incidence standardisés sur l'âge de 2,23 pour 100 000 chez les hommes et 0,72 pour 100 000 chez les femmes. Ces deux taux sont issus du même scénario d'estimation, fondé sur le rapprochement des cas suivis avec les données nationales de mortalité. Ils ne doivent pas être confondus avec les taux bruts dans les départements couverts par le PNSM.
Dans les cas inclus dans le programme, le rapport hommes/femmes était de 4,1 en 1998-2002 et de 3,4 en 2018-2023. Ce ratio de cas observés n'est ni un taux de risque ni une répartition supposée de la population. Il a fluctué entre les deux périodes, atteignant notamment 3,1 en 2013-2017. Le nombre annuel national estimé a augmenté chez les deux sexes entre 1998-2001 et 2018-2021, en partie du fait de la croissance et du vieillissement de la population.
Exposition professionnelle et autres voies d'exposition
Le volet d'enquête sur les expositions porte sur les patients qui ont pu être interrogés, et non sur tous les cas inclus. Parmi les patients de 2018-2023 concernés, l'expertise a identifié une exposition professionnelle à l'amiante chez 89,0 % des hommes et 28,2 % des femmes. Pour une exposition extraprofessionnelle sans exposition professionnelle retrouvée, les proportions sont de 5,9 % chez les hommes et de 36,2 % chez les femmes.
Chez les femmes enquêtées sur l'ensemble de 1998-2023 et classées comme exposées hors travail, la circonstance principale était souvent paraprofessionnelle : une exposition par l'intermédiaire d'un proche exposé dans son métier. Le rapport décrit aussi des expositions domestiques, liées au bricolage ou environnementales. Ces catégories dépendent des informations recueillies et expertisées ; l'absence d'exposition retrouvée ne démontre pas une absence d'exposition réelle.
Pourquoi la tendance récente demande de la prudence
Le rapport constate une hausse de l'incidence chez les femmes sur la période longue, mais les indicateurs d'évolution ne sont pas interchangeables. Entre 1998-2001 et 2018-2021, les taux standardisés estimés sur l'âge diminuent légèrement chez les hommes et augmentent chez les femmes. Une autre analyse, qui neutralise l'effet de la croissance et du vieillissement démographiques sur le nombre attendu de cas, aboutit à +2 % chez les hommes et +16 % chez les femmes. Ces pourcentages décrivent une évolution, pas l'écart de niveau entre les sexes.
Pour 2022-2023, le rapport utilise les premières hospitalisations parce que les données nationales de mortalité n'étaient pas encore disponibles. Les estimations les plus récentes ne prolongent donc pas à méthode parfaitement constante la série antérieure. Santé publique France mentionne également de possibles effets des retards diagnostiques pendant la pandémie de Covid-19 et la faiblesse des effectifs féminins dans certaines analyses.
Ce que l'on peut, et ne peut pas, conclure
Les estimations indiquent un fardeau du mésothéliome pleural toujours plus élevé chez les hommes, en cohérence avec l'histoire des expositions professionnelles à l'amiante. Elles montrent aussi que les femmes atteintes ne relèvent pas simplement du même parcours d'exposition à une échelle réduite. La prévention doit tenir compte à la fois des situations de travail et des autres circonstances d'exposition.
Les données classent les personnes comme femmes ou hommes selon les catégories statistiques des sources ; elles ne mesurent pas les chromosomes. Les pourcentages d'exposition sont conditionnés au fait d'avoir un mésothéliome et d'avoir été enquêté : ils ne donnent pas la proportion de l'ensemble des femmes ou des hommes exposés à l'amiante. Les différences géographiques, la couverture partielle du PNSM et les méthodes d'estimation limitent également les généralisations.
Questions fréquentes
Les 7 277 cas correspondent-ils à tous les cas français de 1998 à 2023 ?
Non. Ce sont les cas inclus dans la zone couverte par le programme de surveillance. Les chiffres pour la France entière sont des estimations distinctes, obtenues en rapprochant cette surveillance de données nationales de mortalité ou d'hospitalisation.
Le taux de 89,0 % signifie-t-il que 89 % des hommes ont été exposés à l'amiante au travail ?
Non. Il concerne les hommes atteints d'un mésothéliome pleural qui ont répondu à l'enquête d'exposition pendant la période 2018-2023. Il ne décrit ni tous les hommes ni l'ensemble des travailleurs.
Peut-on comparer directement les chiffres d'incidence de 2022-2023 à ceux de 2018-2021 ?
Avec prudence. Les estimations 2018-2021 utilisent les données de mortalité, celles de 2022-2023 les données de premières hospitalisations. Le changement de méthode et les possibles perturbations du diagnostic pendant la pandémie comptent pour interpréter la tendance.